Combien de temps pour casser un mot de passe ?
La réponse courte : un mot de passe vraiment aléatoire de 16 caractères, mêlant majuscules, minuscules, chiffres et caractères spéciaux, demande en moyenne environ 16 000 milliards d’années de calcul à un attaquant qui teste 10 milliards de combinaisons par seconde. Avec 8 caractères, la même attaque aboutit en 2,6 jours environ. Et un mot de passe inventé par un humain – un prénom, une date, une suite de touches – tombe bien plus vite que ne le laisse croire sa longueur, souvent en quelques secondes. Si vous voulez simplement un mot de passe qui ne sera pas cassé, prenez un mot de passe aléatoire de 16 caractères. La suite explique d’où viennent ces chiffres, et quand ils cessent d’être valables.
Ce que mesure l’entropie d’un mot de passe
Les spécialistes ne parlent pas de mots de passe « forts » ou « faibles », mais d’entropie : le nombre de bits de hasard que contient le mot de passe. Elle indique directement combien d’essais un attaquant doit faire, en moyenne, pour tomber sur la bonne valeur. Elle se calcule ainsi :
H = L × log₂(N)
où L est la longueur du mot de passe en caractères et N la taille du jeu de caractères dans lequel chacun est tiré. Le générateur de ce site puise dans 88 caractères : 26 minuscules, 26 majuscules, 10 chiffres et 26 caractères spéciaux. Chaque position apporte donc log₂(88) ≈ 6,46 bits, et un mot de passe de 16 caractères atteint environ 103 bits.
Pourquoi raisonner en bits ? Parce que chaque bit supplémentaire double le travail de l’attaquant. 103 bits, c’est 2¹⁰³ combinaisons, soit environ 1 × 10³¹ : aucune infrastructure existante ne peut parcourir un tel espace dans un délai qui ait un sens. Retenez surtout l’ordre de grandeur : un caractère aléatoire de plus multiplie le temps de cassage par 88.
L’hypothèse de calcul : 10 milliards d’essais par seconde
Le temps qu’il faut pour casser un mot de passe dépend de deux choses : le matériel de l’attaquant et la façon dont le service a stocké le mot de passe. Nos chiffres supposent une attaque hors ligne : l’attaquant a récupéré la base de données des empreintes (les « hachés ») après une fuite et teste ses candidats sur ses propres machines, sans aucune limite. Contre un hachage rapide comme MD5 ou NTLM, quelques cartes graphiques grand public atteignent 10 milliards d’essais par seconde. C’est un repère prudent, volontairement favorable à l’attaquant.
Un service bien conçu utilise au contraire une fonction de hachage volontairement lente – bcrypt, scrypt ou Argon2id – qui ramène le rythme à quelques milliers d’essais par seconde. Si un mot de passe tient dans le pire des cas, il tient dans tous les autres : c’est pourquoi nous calculons avec l’hypothèse la plus défavorable.
Le tableau ci-dessous donne la durée moyenne d’une attaque par force brute pour chaque longueur et chaque jeu de caractères, dans ces conditions.
Temps pour casser un mot de passe aléatoire (2026)
Durée moyenne estimée d’une attaque par force brute sur un mot de passe vraiment aléatoire, selon la longueur et le jeu de caractères.
| Longueur | Chiffres0-9 · 10 | Minusculesa-z · 26 | Maj. + min.A-z · 52 | Lettres + chiffres+0-9 · 62 | Avec symboles+!@# · 88 |
|---|---|---|---|---|---|
| 6 caractères | Instantané | Instantané | Instantané | 3 s | 27 s |
| 8 caractères | Instantané | 14 s | 59 min | 4 h | 3 j |
| 10 caractères | Instantané | 2 h | 3 mois | 2 ans | 58 ans |
| 12 caractères | 55 s | 1 mois | 468 ans | 4 000 ans | 479 000 ans |
| 14 caractères | 2 h | 117 ans | 2 millions d’années | 15 millions d’années | 2 milliards d’années |
| 16 caractères | 5 j | 60 000 ans | 4 milliards d’années | 63 milliards d’années | Éternité |
| 18 caractères | 2 ans | 61 millions d’années | Éternité | Éternité | Éternité |
| 20 caractères | 117 ans | 31 milliards d’années | Éternité | Éternité | Éternité |
Hypothèse : un attaquant hors ligne testant 10 milliards d’essais par seconde contre un hachage rapide et non salé (MD5 ou NTLM, par exemple) – un repère volontairement prudent. Les fonctions de hachage volontairement lentes comme bcrypt, scrypt ou Argon2id ramènent ce rythme à quelques milliers d’essais par seconde. Durées moyennes (la moitié de l’espace de recherche) pour des mots de passe vraiment aléatoires – les schémas humains tombent bien plus vite. Mis à jour en octobre 2026.
Pour faire le calcul avec votre propre longueur, votre jeu de caractères ou un autre profil d’attaquant – du formulaire de connexion limité à la grappe de cartes graphiques –, utilisez le calculateur de temps de cassage (en anglais).
Combien de temps pour le casser, longueur par longueur
La question porte le plus souvent sur une longueur précise. Avec les quatre types de caractères (88 symboles) et le même repère de 10 milliards d’essais par seconde :
8 caractères (environ 52 bits)
Environ 2,6 jours en moyenne, et seulement 3,9 heures si le mot de passe se limite aux lettres et aux chiffres. Sur une grappe à 1 000 milliards d’essais par seconde, il ne tient plus qu’une quarantaine de minutes ; derrière bcrypt, à 10 000 essais par seconde, il tiendrait environ 7 100 ans – mais vous ne choisissez pas la façon dont le site stocke votre mot de passe. Réservez le générateur de 8 caractères aux systèmes qui imposent ce plafond.
12 caractères (environ 78 bits)
Environ 479 000 ans en moyenne, et encore 4 800 ans environ face à une grappe à 1 000 milliards d’essais par seconde. C’est le plancher raisonnable pour un mot de passe que vous gardez, et ce que demande Cybermalveillance.gouv.fr : « au minimum 12 signes ». Le générateur de 12 caractères en produit un en un clic.
14 caractères (environ 90 bits)
Environ 2 milliards d’années en moyenne. À partir de cette longueur, la force brute cesse d’être un facteur pratique, même pour un attaquant très bien équipé.
16 caractères (environ 103 bits)
Environ 16 000 milliards d’années, soit plus de mille fois l’âge de l’Univers, estimé à 13,8 milliards d’années. C’est la longueur que nous recommandons par défaut pour tout compte dont le mot de passe vit dans un gestionnaire : vous ne le tapez jamais, sa longueur ne vous coûte donc rien. Le générateur de 16 caractères est réglé pour cela.
20 caractères (environ 129 bits)
Environ 1,1 × 10²¹ ans : au-delà des 128 bits que les cryptographes considèrent comme hors de portée pour de bon. C’est la longueur à viser pour la messagerie, la banque, la box Wi-Fi et tout compte qui permet de réinitialiser les autres. Le générateur de 20 caractères s’en charge. Pour choisir la bonne longueur selon l’usage, voyez aussi notre guide Quelle longueur pour un mot de passe ?
Attaque en ligne ou hors ligne : quand la longueur compte vraiment
Le tableau décrit une attaque hors ligne, celle qui suit une fuite de données : la base d’un service se retrouve en vente ou en libre accès, et l’attaquant teste ses candidats à pleine vitesse, sans que personne ne s’en aperçoive. Une attaque en ligne, elle, passe par le formulaire de connexion. Chaque essai traverse le réseau, attend une réponse, et la plupart des services bloquent le compte, imposent un délai ou affichent un CAPTCHA après quelques échecs. L’attaquant plafonne alors à quelques centaines ou quelques milliers de tentatives : même un mot de passe moyen résiste. C’est d’ailleurs pourquoi la CNIL admet 50 bits d’entropie seulement lorsque le service restreint l’accès après plusieurs échecs, contre 80 bits lorsque le mot de passe est la seule protection.
La longueur devient donc décisive au moment où vous ne contrôlez plus rien : le jour où le service se fait voler sa base. Vous voulez alors assez d’entropie pour que l’attaquant ne puisse pas casser votre mot de passe avant que vous l’ayez changé – l’ANSSI demande d’ailleurs un renouvellement immédiat en cas de compromission. Au-delà de 80 bits, vous êtes à l’abri ; au-delà de 100 bits, la question ne se pose plus.
Pourquoi les schémas humains ruinent le calcul
Tout le calcul ci-dessus suppose un mot de passe tiré uniformément au hasard. Dès qu’un humain le choisit, l’hypothèse s’effondre. Les logiciels de cassage ne testent pas les combinaisons dans l’ordre alphabétique : ils commencent par des dictionnaires de mots, de prénoms et de mots de passe déjà divulgués, puis appliquent des règles qui reproduisent nos habitudes – majuscule au début, année à la fin, point d’exclamation pour conclure.
Un mot de passe comme P@ssw0rd1! contient bien des majuscules, des minuscules, des chiffres et des caractères spéciaux ; sur le papier, ses dix caractères valent environ 65 bits. En réalité, il figure dans toutes les listes d’attaque et tombe instantanément. Même chose pour azerty123, pour un prénom suivi d’une année comme Camille1998!, ou pour une citation célèbre réduite à ses initiales : ces schémas sont modélisés en premier. La méthode de la CNIL – les premières lettres d’une phrase que vous avez inventée – vaut bien mieux qu’un prénom, et notre guide des idées de mots de passe l’explique en détail, mais personne ne peut dire combien de bits elle apporte vraiment. Seul un générateur garantit que l’entropie annoncée est l’entropie réelle.
Que faire concrètement
- Laissez un générateur choisir : 16 caractères aléatoires pour les comptes courants, 20 ou plus pour la messagerie et la banque. Le générateur de mot de passe fonctionne entièrement dans votre navigateur, sans rien enregistrer ni transmettre.
- Un mot de passe par compte, sans exception : la longueur ne protège de rien si le même mot de passe a fuité ailleurs. Une seule réutilisation suffit à ouvrir tous les comptes qui le partagent.
- Un gestionnaire de mots de passe : l’ANSSI recommande ce qu’elle appelle un « coffre-fort de mots de passe ». C’est lui qui retient les longues suites aléatoires à votre place.
- La double authentification partout où elle existe : un second facteur rend un mot de passe volé inutile à lui seul, quelle que soit la façon dont il a été obtenu.
- Changez un mot de passe lorsqu’il est compromis : fuite annoncée, saisie sur un site douteux, partage. Pas à date fixe – mais tout de suite quand il le faut, et par un mot de passe généré, jamais par une variante de l’ancien.
Pour estimer un mot de passe que vous utilisez déjà, sans l’envoyer nulle part, le testeur de robustesse (en anglais) fait le calcul localement. Et si le doute persiste, la règle est simple : remplacez-le par un mot de passe généré, rangé dans votre gestionnaire.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour casser un mot de passe de 8 caractères ?
S’il est vraiment aléatoire et mêle majuscules, minuscules, chiffres et caractères spéciaux, environ 2,6 jours en moyenne pour un attaquant hors ligne qui teste 10 milliards d’essais par seconde contre un hachage rapide. Sans caractères spéciaux, il tombe en 3,9 heures environ ; en minuscules seules, en 14 secondes ; en chiffres seuls, instantanément. Sur une grappe de cartes graphiques à 1 000 milliards d’essais par seconde, même la version la plus complète ne tient qu’une quarantaine de minutes. Huit caractères ne se justifient donc que lorsqu’un système impose ce plafond.
Combien de temps faut-il pour casser un mot de passe de 12 caractères ?
Un mot de passe aléatoire de 12 caractères tirés parmi 88 symboles offre environ 78 bits d’entropie : il faut en moyenne quelque 479 000 ans à 10 milliards d’essais par seconde, et encore 4 800 ans environ à 1 000 milliards d’essais par seconde. C’est un plancher solide pour un compte ordinaire. Pour tout ce qui est rangé dans un gestionnaire, passez directement à 16 caractères : cela ne vous coûte rien et la marge devient astronomique.
Un mot de passe de 16 caractères peut-il être cassé ?
En théorie, tout mot de passe finit par tomber, puisqu’il suffit d’essayer toutes les combinaisons. En pratique, 16 caractères aléatoires représentent environ 103 bits d’entropie, soit environ 16 000 milliards d’années de calcul en moyenne à 10 milliards d’essais par seconde – plus de mille fois l’âge de l’Univers. Ce qui peut faire tomber un tel mot de passe, ce n’est pas la force brute, mais l’hameçonnage, un logiciel espion ou sa réutilisation sur un site qui a fuité.
Pourquoi un mot de passe aléatoire est-il plus long à casser qu’un mot courant ?
Parce que les attaquants ne commencent jamais par la force brute pure. Ils testent d’abord des dictionnaires de mots, de prénoms et de mots de passe déjà divulgués, puis leurs variantes prévisibles : majuscule au début, année à la fin, lettres remplacées par des chiffres. Un mot courant, même décoré, se trouve dans ces listes et tombe en quelques secondes. Un mot de passe tiré au hasard n’appartient à aucune liste : l’attaquant n’a pas d’autre choix que de parcourir tout l’espace des combinaisons, et c’est là que la longueur fait son effet.
Combien d’essais par seconde un attaquant peut-il réaliser ?
Tout dépend de la façon dont le service a stocké les mots de passe. Contre un hachage rapide comme MD5 ou NTLM, quelques cartes graphiques testent des milliards d’essais par seconde : 10 milliards est le repère de nos calculs, et une grappe bien équipée peut atteindre 1 000 milliards. Contre une fonction volontairement lente comme bcrypt, scrypt ou Argon2id, le rythme tombe à quelques milliers d’essais par seconde. Sur un formulaire de connexion en ligne, le blocage après quelques échecs limite l’attaquant à une poignée de tentatives.
Que recommandent la CNIL et l’ANSSI pour résister à une attaque par force brute ?
L’ANSSI raisonne en entropie : environ 65 bits (9 à 11 caractères) pour une sensibilité faible à moyenne, environ 85 bits (12 à 14 caractères) pour une sensibilité moyenne à forte, au moins 100 bits (15 caractères et plus) pour une sensibilité forte à très forte, et une longueur « supérieure à 20 caractères » pour les mots de passe que l’on n’a pas à retenir. La CNIL, dans sa recommandation de 2022, fixe 80 bits lorsque le mot de passe est la seule protection du compte, et 50 bits seulement si le service bloque l’accès après plusieurs échecs. Un mot de passe aléatoire de 16 caractères, à environ 103 bits, dépasse tous ces seuils.